Comment assurer aux PME les moyens d’une croissance autonome
Pour financer un investissement, les PME peuvent recourir principalement à trois types de financements - Financement bancaire classique - Financement par leasing - Financer par fonds propres et quasi-fonds propres
Financement bancaire classique
Le crédit bancaire classique reste la principale source de financement des PME, bien que certaines analyses tendent à démontrer que le financement bancaire est plus difficile à obtenir pour certaines PME que le leasing par exemple, et que les banques rechignent à prêter plus de 70% à 80% du montant de l’investissement.
Le financement bancaire est surtout intéressant dans deux cas particuliers + Lorsque l’entreprise souhaite obtenir un différé de remboursement (pratiquement impossible à obtenir dans un dossier de leasing) + Lorsque l’entreprise peut bénéficier d’une garantie de prêt d’OSEO ; cette garantie, permet de faciliter l'accès des PME au crédit bancaire, dans la mesure où OSEO partage le risque de financement bancaire des investissements et du cycle d’exploitation des PME en garantissant, le remboursement du financement à hauteur d’un certain pourcentage (40 ou 70%) ; ce type de garantie n’est accordé par OSEO qu’aux banques
Financement par leasing
Le leasing s’inscrit dans les instruments d’« Asset-based lending » (financement basé sur les actifs) ; alors que le financement bancaire traditionnel ne s’appuie que sur la capacité de remboursement générée par le cash-flow de l’entreprise, les techniques d’asset-based lending vont considérer comme source de remboursement à la fois le cash-flow de l’entreprise et l’actif financé.
Pour un établissement financier, le leasing est plus sécurisant puisque - le bien financé est propriété de l’établissement financier - pour récupérer sa mise de financement, le Bailleur dispose du cash-flow de l’entreprise et de l’actif lui-même, pour autant que la valeur de marché de l’actif soit supérieure à la somme du principal restant dû.
Ce dernier point explique pourquoi certains Bailleurs complètent l’analyse financière des cash-flows de l’entreprise par une analyse dite « Loan to Value », qui correspond au ratio encours restant dû en principal (1) / Valeur de marché de l’actif (2)

Pour les bailleurs, le ratio Loan-To-Value ratio n’a de sens que si la courbe de dépréciation de la valeur de marché du bien est fiable ; plus le matériel est connu des bailleurs plus ils auront confiance dans la possibilité d’une revente en cas de difficultés de l’entreprise pour payer les loyers. Ce degré de confiance sera renforcé s’il existe un accord de recommercialisation avec le fournisseur (pour revendre l’actif dans le cas où le Locataire se trouve dans l’impossibilité de continuer à payer son loyer). Pour ce type de contrat, le choix du matériel est essentiel ; le Bailleur aura tendance à privilégier les matériels pour lesquels il existe un marché de l’occasion bien organisé et actif, avec des chances de revente réelles.
Les matériels pour lesquels il existe un marché de l’occasion organisé avec une bonne possibilité de revente sont nombreux : véhicules industriels, certains matériels de productique, matériel d’imprimerie, engins de levage, matériel de manutention (en fonction des marques) etc… ; pour d’autres matériels (notamment photocopieurs, télécopieurs et matériels informatiques) la revente sur le marché de l’occasion ne pourra intervenir qu’à partir d’un certain volume, après révision et remise à neuf.
Les avantages du leasing par rapport au crédit bancaire classique
Il est souvent plus facile et plus rapide de mettre en place un contrat de leasing qu’un contrat de prêt bancaire, car contrairement à la banque, le Bailleur est la plupart du temps un spécialiste du matériel. Dans sa décision de crédit, il s’appuiera autant sur le matériel que sur les comptes de l’entreprise ; par ailleurs dans certains cas (que l’entreprise devra négocier) le fournisseur de l’équipement pourra accepter un engagement de poursuite de paiement des loyers (à la place du Locataire si celui-ci fait défaut), ce qui facilitera la mise en place du contrat de crédit-bail puisque dans ce cas, le bailleur s’appuie à la fois sur le Locataire et sur le Fournisseur (contrat de location tripartite Bailleur- Fournisseur – Locataire utilisateur)
Comme le Bailleur acquiert l’actif en lieu et place du Locataire, c’est donc le Bailleur qui paie la facture de l’équipement, et ce TVA incluse : il finance donc le bien à hauteur de 100% du montant HT, mais aussi la TVA, que le locataire paiera « en douceur » sur la durée du leasing, par l’intermédiaire des loyers (qui sont déductibles de l’IS en totalité). Enfin, le Bailleur peut également payer les acomptes dus à la commande à la place de l’entreprise.
Financer par fonds propres et quasi-fonds propres : comment garder le contrôle
Des barrières psychologiques fortes existent encore envers l’ouverture du capital d’une PME : la volonté d’indépendance du capital continue à juste titre de l’emporter sur une dynamique de croissance rapide ; d’où un rôle moins fort des marchés de fonds propres en France qu’au Royaume-Uni ou aux États-Unis. Toutefois, il existe des instruments de quasi-capital (obligations convertibles, Obligations à Bons de Souscription d’action) qui permettent soit de différer l’ouverture du capital, soit de se donner un temps de réflexion tout en laissant à l’entreprise le choix de la conversion en capital. En d’autres termes ces instruments de quasi-capital permettent de financer le développement tout en permettant de conserver le contrôle de l’entreprise.
Les avantages de ces instruments de quasi-capital pour financer les investissements d’une PME sont multiples : - a plupart du temps, les investisseurs ont l’habitude de prendre des décisions sur la base d’un business plan prévisionnel à 5 ans, alors que les banques ont tendance à raisonner davantage en fonction des comptes historiques de l’entreprise ; - il est fréquent que ces instruments soient remboursés « in fine » c'est-à-dire au terme de leur échéance finale (5 ans), ce qui réduit de manière considérable la pression sur le cash-flow pendant les premières années qui suivent l’investissement, alors même que la montée en puissance de la rentabilité de l’investissement se fait souvent de manière graduelle sur les 2/3 premières années - ces instruments sont perçus comme un renforcement des quasi-fonds propres de l’entreprise et l’intervention d’un investisseur est un signe de confiance fort que le banquier interprétera positivement - en cas de non-conversion, la prime payée par l’entreprise à l’investisseur est déductible de l’IS.
Optimiser son dossier
Les difficultés d’accès au marché du financement représentent aujourd’hui le principal obstacle structurel à la croissance des PME. Une de ces difficultés est parfois liée au fait que certains dirigeants de PME ont tendance à minimiser l’approche « risque de financement » des banques pour considérer que le métier d’une banque est précisément de prendre des risques.
Plus que jamais, pour une PME comme pour une entreprise de taille plus importante, la préparation du dossier de financement est un élément fondamental pour en assurer la réussite.
Les clés de réussite tiennent en quelques points :
- Un dossier de financement se prépare longtemps à l’avance ; pour assurer le succès du financement, il n’est pas rare de devoir le préparer deux ans à l’avance ; cela implique que la société dispose d’un plan d’investissement pluri-annuel (à 3 ans au moins) modulable (l’investissement doit pouvoir être avancé ou repoussé en fonction de la possibilité de le financer)
- On ne prête qu’aux riches… : idéalement un dossier de financement doit donc être présenté aux financeurs lorsque l’entreprise n’a pas besoin d’argent et lorsque ses comptes sont au mieux de leur forme. L’entreprise peut donc anticiper une décision d’investissement pour profiter d’un exercice qui s’est déroulé favorablement.
- Il peut être opportun de profiter d’un nouvel investissement à financer pour renégocier une existante dette qui viendrait à échéance dans 1 ou 2 ans afin d’allonger la durée des capitaux permanents de l’entreprise et sécuriser la trésorerie
- Préparer un business plan (BP) d’une dizaine de pages environ (davantage si le document est destiné à des investisseurs en quasi-capital) : o Le BP doit être clair, lisible et concis pour en faciliter l'accès à tout type de lecteurs ; les effets de style sont à éviter o il doit pouvoir s'adapter au lecteur en apportant des sections particulières adaptées aux différents types de partenaires (banques, leasing, investisseurs). o le document doit inspirer confiance : ce n’est pas une brochure commerciale ! c’est un plan d’affaires qui présente le projet d’entreprise o La présentation du projet doit démontrer que celui-ci est cohérent avec l’environnement et le secteur d’activité de l’entreprise et qu’il est essentiel au développement de l’entreprise o Les prévisions d’activité doivent s’appuyer sur des données objectives et être perçues comme « raisonnables », compte tenu de la place de l’entreprise sur le marché ; elles doivent montrer que le projet est rentable o Le document doit aussi montrer que les principaux risques sont identifiés et maîtrisés o Le plan de financement à 5 ans est un élément essentiel du business plan : son but est de démontrer que l’entreprise a bien anticipé tous les besoins prévisionnels (outre le programme à financer, les investissements de renouvellements courants, la variation du besoin en fonds de roulement qui tienne compte de l’augmentation d’activité, les remboursements des crédits existants et des crédits nouveaux etc....) et que les sources de financement envisagées sont compatibles avec les free cash-flow futur (l’objectif est de rassurer les partenaires financiers sur la capacité de remboursement de l’entreprise)
Certains penseront qu’il s’agit là d’un exposé théorique. Il n’en est rien. Les dirigeants d’entreprise ont souvent tendance à considérer la fonction financière comme une fonction d’intendance et comme chacun sait « l’intendance suit » … Sauf que depuis quelques années l’intendance ne suit plus aussi facilement ! La planification des besoins et des sources de financement devient donc un besoin impérieux pour les entreprises. Autrement dit, l’intendance suit… surtout si l’on s’en occupe !

Gian Paolo COSSU, Associé AB CORP FINANCE - Conseil en financements d’entreprise
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www.abcorpfinance.com
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